Tomber à pic

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Quand une pluie d’oiseaux s’abat sur sa ville natale, Victor Pouchet décide de mener l’enquête sur ce phénomène soumis à controverse depuis la nuit des temps.

Rien à la télévision, rien à la radio. Seul un article dans la presse locale relate la mésaventure survenue à Bonsecours en Seine-Maritime. Quelques instants de réflexion suffisent au narrateur avant de se mettre en route pour aller lui-même élucider ce mystère. De toute manière, c’est ça ou rester à Paris pour écrire sa thèse. Quelques recherches sur internet et le voilà embarqué sur un bateau, seul moyen de locomotion accessible pour remonter la Seine.

Il m’avait lu et fait lire beaucoup, m’avait raconté énormément d’histoires, il m’avait élevé dans un mélange de curiosité au monde extérieur et de haine de l’impureté.

Etrange que cette décision de tout abandonner au moment où il pourrait mettre fin à ses études pour entrer dans la vie active… La procrastination lui permet de se poser les bonnes questions sur l’avenir ou – mieux encore – de mettre fin aux querelles du passé. A l’arrivée réside toujours son père dont il s’est éloigné depuis plusieurs années, cet homme qui lui a transmis le goût de la lecture à travers Les Aventures de Tom Sawyer ou l’Île au trésor et sans qui il n’accomplirait pas ce voyage aujourd’hui.

Une odyssée pour le moins pittoresque puisqu’il l’accomplit à bord d’un bateau de croisière en compagnie de retraités. Heureusement, la fille du capitaine est là pour l’épargner du rythme modéré de ses nouveaux camarades.

Cette pluie d’oiseaux à Bonsecours était-elle le signe qu’il était grand temps de fuir le royaume de France, d’ouvrir la mer Rouge pour se barrer bien vite, en suivant le premier Moïse qui se présente ?

Tout au long de son expédition, le jeune universitaire répertorie dans son cahier toutes les anecdotes au sujet de ces chutes d’animaux morts, de la pluie de grenouilles survenue en Egypte pour convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d’Israël au « Project Pigeon », une invention créée lors de la Seconde Guerre mondiale où des pigeons dressés devaient piloter des missiles (un projet bien heureusement abandonné au profit du radar).

Ce premier roman est une folie, celle d’un homme qui refuse de se laisser engloutir par une morne vie, préférant voguer de-ci de-là dans l’espoir de découvrir l’extraordinaire. Le lecteur s’oublie dans ce fil de pensées a priori sans queue ni tête mais qui au final trouvent tout son sens. Alors, Pourquoi les oiseaux meurent ? Un châtiment divin, une apocalypse, la contamination de l’air ou une mauvaise blague ? Peu importe, tant que ce drôle d’oiseau nous emmène voir d’autres horizons.

Titre : Pourquoi les oiseaux meurent ?
Auteur : Victor Pouchet
Editeur : Finitude
Date de parution : 7 septembre 2017
ISBN : 9782363390851
Nombre de pages : 192
Prix : 16,50€

Un peu de silence s’il vous plaît

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Gazoline Tango est le roman tendre d’une époque perdue composé d’une galerie de personnages dont le lecteur s’éprend pour leur drôlerie et leur caractère hors norme.

Benjamin Granger, dit Donald, naît dans un monde qui le répudie. Il est non seulement rejeté par sa mère mais également atteint d’une hyperacousie extrême qui le contraint à porter un casque antibruit de chantier en permanence sur les oreilles. Dans une cité en perdition pendant les années 1980, ce jeune homme va mener une vie particulière où toutes les épreuves seront surmontées grâce à l’aide et à l’amour d’une joyeuse bande de pieds nickelés.

« L’agitation était telle dans la fosse que future maman (prénommons-la Isabelle et n’en parlons plus) n’avait pas manqué de remarquer aussitôt ce beau jeune homme pâle, aux cheveux longs et raides, vêtu d’un costume sombre, tout droit sorti d’un dessin animé de Tim Burton (un des tout premiers), le seul à ne pas se trémousser au milieu de la foule déchaînée. Elle l’avait d’autant plus remarqué qu’il semblait n’avoir d’yeux que pour elle. »

Les erreurs de jeunesse peuvent déterminer toute une vie. Dans une salle de concert, un moment magique : un regard unique se pose sur elle, la batteuse du groupe, et pour la première fois, elle croit à l’amour. Par romantisme, elle garde l’enfant, mais quand il vient au monde, toute flamme est éteinte. Elle lui trouve en hâte un parrain et une marraine et se désolidarise de son fils.

C’est alors que chaque personnage devient un héros. Un brancardier en situation irrégulière, une grand-mère cultivant du cannabis dans son jardin, un prêtre alcoolique et drogué, un maître nageur surnommé Tarzan… tous ont un impact sur le cheminement de Donald. Leur originalité est une force et un régal pour le lecteur qui prend plaisir à les voir évoluer. Au final, l’histoire n’a que peu d’importance, on se plaît simplement à être en leur compagnie.

« Lorsque s’étant enfin endormi, son souffle devenait plus régulier et profond, il ouvrait brusquement les yeux, dérangé par l’air sorti de ses bronches, il ne pleurait pas, seulement surpris, troublé par cette vague venue de l’intérieur, la régularité de son flux et de son reflux. »

Comme nous, installés derrière notre livre, enfermés dans notre bulle, Donald est en quête de sérénité. Gêné par tous les bruits, même celui de sa propre respiration, il cherche un silence parfait qu’il trouve parfois dans la musique de Jean-Sébastien Bach ou sous l’eau. Convaincu que sa mort sera prématurée, il vit dans cette urgence qui nous atteint tous, celle de tout voir et de tout faire quand il serait bon de s’arrêter et vivre au rythme de l’écoulement d’un fleuve, par exemple.

Un livre facile ou léger – selon l’expression consacrée – peut-être, mais qui possède une écriture musicale maitrisée et agréable. On l’ouvre, on tourne les pages avec passion et on passe un excellent moment.

Titre : Gazoline Tango
Auteur : Franck Balandier
Couverture : Chloé Poizat
Editeur : Castor Astral
Date de parution : 17 août 2017
ISBN : 9791027801114
Nombre de pages : 288
Prix : 19€