Le trésor des enfants

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Nous le voyons sur la table du petit-déjeuner depuis tout petit sans se douter de ce qui se cache derrière Banania.

Loin de s’imaginer s’engager dans le tournant le plus déterminant de sa vie, Victor embarque sur un paquebot pour l’Amérique Latine. A bord, il rencontre la sensuelle Jacuba qui tente de le mettre en garde contre les différentes menaces qui l’attendent à l’arrivée. C’est ainsi que la banale inauguration d’un Opéra se transforme en aventure périlleuse, riche et gourmande.

Jacuba pleurait parce que son idéal était écorché. Elle pleurait aussi parce qu’elle avait bien failli sacrifier un homme qu’elle haïssait aimer. Pour se sauver elle-même. Victor ignorait tout de l’explosion imminente, simplement placer au coeur d’événements dont il ne pouvait juger l’importance, et c’était très bien ainsi.

A partir des carnets de Pierre-François Lardet, Thierry Montoriol réinvente l’histoire de Banania ; depuis sa découverte chez les Aztèques qui l’utilisaient pour soulager les maux de ventre à la création de l’entreprise française que l’on connaît encore aujourd’hui.

Pleine de rebondissements, la trame romanesque nous apprend comment Victor a reconstitué la recette dès son retour en France, sa brillante stratégie commerciale pour s’imposer sur la marché après-guerre jusqu’à sa chute aussi bien professionnelle que personnelle.

[…] une jeune fille ne peut résister à l’attrait de l’arbre prodigieux, tend la main pour s’emparer du cacao quand la tête du jumeau supplicié apparaît entre les cabosses, crache dans la paume de la jeune fille et lui annonce qu’elle sera reine dans le monde des vivants. La prophétie se réalise aussitôt. Depuis, pour les Indiens, le cacaoyer est le symbole de la résurrection.

Avec Le Roi Chocolat, Thierry Montoriol pose une nouvelle pierre à l’histoire de Banania. Un roman à déguster, bien évidement.

Titre : Le roi chocolat
Auteur : Thierry Montoriol
Editeur : Gaïa
Date de parution : 22 août 2018
ISBN : 9782847208689
Nombre de pages : 432
Prix : 22€

Une question d’honneur

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Bienvenue au Paracatu, une terre aussi belle qu’impitoyable où une traque acharnée et meurtrière s’opère entre deux frères professionnels de la gâchette.

« Faire du grandiose avec du vide ! Telle fut sans doute la gageure du Créateur, lorsqu’il fit le Paracatu. Une grande vallée solitaire, refusée par le monde végétal, niée par la vie, mais disputée par la cupidité des hommes avec son sol recelant l’or, le diamant et une variété infinie de pierres précieuses. Terre ensorcelée, où les richesses s’offrent pour disparaître aussitôt qu’on veut les saisir, où les filons s’épuisent soudainement pour reparaître plus loin, où les diamants s’évanouissent un jour pour renaître ailleurs. »

Toute civilisation connaît la notion d’ordre, qu’il soit appliqué par des lois ou par des hommes. Dans L’envers de l’éperon, les plus riches (et qu’importe qu’ils soient malhonnêtes et couards) commandent aux forts pour agrandir leur territoire, accroître leur influence et régler leurs problèmes personnels. C’est un monde où chacun a sa place et se doit de la garder sans tergiverser ni hésiter. C’est ainsi que Nicontina accepte sans le savoir de tuer son propre frère. Revenir en arrière est impossible, un homme, un vrai, doit simplement accomplir son devoir.

Dès son adolescence – où il commet son premier meurtre pour venger sa sœur – une voie toute tracée se dessine devant lui. Sa violence n’a d’égal que sa loyauté, mais s’il avait lu l’avenir, peut-être se serait-il abstenu d’enseigner tout ce qu’il savait à son frère ?

A bien des égards, Joachim est sa copie conforme, notamment pour son goût prononcé pour la justice au mépris de sa propre survie. Dès le départ, il sait que ses actes auront des conséquences, qu’il sera chassé jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais c’est un être capable de compassion. Qu’importe la menace à venir, il ne peut se résoudre à voir quelqu’un qu’il aime mourir si celui-ci est dans l’incapacité de le tuer.

« Les étoiles brillaient dans le ciel, entraînant ses rêves au-delà des cruautés du jour. Dans le passé, peut-être, un passé transfiguré, légendaire. Car l’avenir était bien noir. »

Au beau milieu de ce duel se dresse un autre ennemi. La nature – sauvage, destructrice, éblouissante – n’est pas un animal que l’on apprivoise, aussi l’homme aurait tort de croire qu’il suffit d’apparaître en son sein pour en devenir maître. Le seul moyen de la conquérir est de l’anéantir mais les deux frères n’agissent que pour assouvir leur obsession de tuer ou de fuir, lui laissant l’occasion de leur tendre de nombreux pièges.

A moins qu’elle n’agisse sous le commandement d’un dieu malin, les effrayant et les laissant aller jusqu’à un dernier souffle avant de les relâcher dans l’espoir de leur faire comprendre que le fratricide ne peut que les conduire au pire ? Une idée ignorée pas les deux frères dans leur croyance de toute puissance et d’immortalité données par un diable qu’ils ont servi toute leur vie.

Au final, la nature s’épuise, se raréfie, s’étouffe pour laisser place à la poussière et au chaos, parfaite image de fatalité pour ces deux hommes fatigués, vaincus par la folie et sans plus aucune étincelle dans le cœur.

« Ecoute quand même ceci : nul, tu entends ? nul n’a le droit de tuer un homme. En aucun cas. Et, crois-moi, dans la balance des mérites, il arrive que le courage de manquer à l’honneur pèse plus lourd que le sacrifice le plus coûteux. Oui, il faut parfois beaucoup d’héroïsme pour accepter d’être un lâche ! »

Récit d’aventure teinté de fantastique, Michel Bernanos revient sur ses souvenirs d’adolescent où, avec sa famille, il s’était exilé au Brésil. Cette terre hostile à la chaleur torride, dans laquelle il puise son inspiration, lui offre une vie semée de risques, tant dans ses rencontres avec l’espèce animale qu’humaine. C’est d’ailleurs sans nul doute grâce à cette expérience unique que ses textes apparaissent aussi vivants et intemporels.

Titre : L’envers de l’éperon
Auteur : Michel Bernanos
Préface : Jean-François Merle
Couverture : Jean-Michel Perrin
Editeur : Arbre vengeur
Date de parution : 4 janvier 2018
ISBN : 9791091504645
Nombre de pages : 224
Prix : 17€